Les Origines de l’Aikido

L’Aïkido, à priori connu comme un Art Martial contemporain car son fondateur O Sensei a vécu jusqu’en 1969, plonge en fait ses racines dans le Japon Féodale. L’origine vient plus précisement l’Aikijutsu.

C’est entre 800 et 850 après J-C que le prince Taijun, 6ème fils de l’Empreur Seiwa, jeta les bases de cet Art. Sa transmission s’est faite ensuite de génération en génération au sein de la famille Minamoto. A partir de 1574, Takeda Kunitsuga, qui enseignait dans la province du Kai, introduisit ses techniques à Aizu. L’Art fut ainsi transmis sous le nom de Aizu Todome Waza.

Ce qui allait donc devenir par la suite l’Aïkido par la force de travail, le sacrifice et le dévouement d’un homme: Ueshiba, est d’abord un Art secret réservé aux Samourais de la famille Takeda dont la réputation de guerrier était reconnue sur toute l’archipel.

L’Art ne commença à émerger en dehors du clan qu’avec l’ère Meiji à partir de 1868, et le fameux Takeda Sokaku Sensei, qui sera le professeur du futur O Sensei.

Takeda Sokaku Sensei par ses nombreux voyages au japon, portant toujours les sabres malgré l’interdiction faite désormais à la classe des bushi d’arborer ce qui constituait leur Ame en personne, continua à tester la redoutable efficacité de son Art.

O Sensei : le père de l’Aikido

1883 est marqué par la naissance d’O Sensei, le 14 décembre à Tanabe sur l’île de Honshu de Morihei, fils de Ueshiba Yoroku et Yuki. Enfant fragile, il est encouragé par ses parents à la pratique de la natation et du Sumo.

Au commencement …

A partir de 1901 il se rend à Tokyo où il commence à pratiquer avec Maître Tobari Takisaburo le Jujitsu à l’école Kito à Tokyo. Parallèlement, il pratique le Ken-Jutsu (sabre) dans un dojo de Shinkage Ryu (école Shinkage). Il s’entraîne quotidiennement dans la montagne.

En 1902, il épouse Hatsu Itogawa.

Assoiffé de connaissance, il étudie ensuite le sabre avec Maître Masakatsu Nakaï de l’école Yagyu, à Sakai.

Il participe à la guerre russo-japonaise en Mandchourie. où il se distingue par son courage au feu, au point, qu’on lui donnera le surnom de “Tengu” (les tengu sorte d’esprit habitant la nature et qui selon les légendes, transmette les enseignements ultimes des arts martiaux aux pratiquants). Après la guerre il étudie le Jujitsu de l’école Yagyu sous la direction de Tsuboi Masanosuke.

L’expérience de la communauté

Lorsqu’en 1911, le gouvernement japonais demande des volontaires pour le mise en valeur de terre vierge et inhospitalières de l’Hokkaido; il se porte volontaire et il fondera avec les autres pionniers (80) le village de Shirataki.

La rencontre

C’est en 1915, que O Sensei, fait une rencontre clé avec Sokaku Takeda de l’école Daïto qui lui enseignera son Art. Il obtiendra le plus haut diplôme de Maître en Jujitsu du Daïto-ryu en 1916.

La révélation spirituel

Lorsque son père meurt en 1920, et alors qu’il rentre pour l’enterrement, il fera une autre rencontre clé avec le Révérend Onisaburo Deguchi fondateur de la religion Omotokyo. Il passera plusieurs mois au temple de l’organisation très affecté par la perte de son père.

Il fonde son premier dojo le Ueshiba Juku. En 1921, la naissance du futur Doshû Kisshomaru va permettre d’assurer la continuation. Son école prend le nom de Ueshiba Ryu Aïki Bujustu.

Il étudie aussi la fameuse lance du style Hoizin.

C’est en 1925, après avoir accompagné le révérant Onisaburo Deguchi dans une expédition en Mongolie, (pour fonder un royaume de paix), qui s’avérera très dangereuse manquant d’y laisser leur vies. De retour à Ayabe, par un entraînement acharné, suite à une expérience de nature “Mystique” il atteindra la révélation de son Art.

Le développement

Il s’installe à Tokyo à partir de 1927 avec sa famille. Il enseigne à l’entourage de la famille Impériale. Une autre rencontre clé sera le Prince Shimazu qui met à sa disposition un lieu pour enseigner. Ueshiba est alors nommé professeur de Budo à l’Ecole Navale.

Maître Jigoro Kano du Kodokan (judo) autre Maître célèbre lui envoie ses élèves Jiro Takeda et Minoru Mochizuki qui se mettent à étudier l’aïkido. Très impréssionné, il dira de l’Aïkido que c’est “LE Budo Idéal”.

C’est à Tokyo à partir de 1931, à Wakamatsu Cho, dans le quartier de Shinjuku, que O Sensei construit un dojo qu’il prend le nom de Kobukai , appelé aussi le “dojo d’enfer”( Jigoku Dojo) pour l’âpreté de ses entraînements.

La guerre et le départ pour Iwama (1940)

O Sensei qui est devenu un expert reconnu, admiré, enseigne aux plus hautes élites du pays, est en désaccord total avec les visées hégémoniques du Japon et de la guerre qui s’en suivra.

Il décide de quitter Tokyo et se retire dans ce qui sera le futur sanctuaire de l’Aïki, “l’Aïki Jinja ” pour y développer son Art et travailler sur les plus haut principes de l’Aïkido. Il fait notamment le lien entre nature et Aiki : Takemusu Aiki .

Son fils Kisshomaru assure la direction du dojo de Tokyo.

Après la guerre 1948, le Kobukai à Tokyo réouvre, et devient le Zaidan Honji Aïkikaï qui sera la maison Mère de l’Aïkido. S’en suivront d’extraordinaires démonstrations de O Sensei qui feront de l’Aïkido un Art qui traversera les mers pour se répandre dans le monde entier. C’est aussi dans cette période d’après guerre que O SENSEI enverra ses principaux disciples pour diffuser le Noble Art d’Aiki.

O Sensei, s’éteint le 26 avril 1969 à Iwama léguant au monde sa création et l’héritage de tous les Maîtres qui l’avait précédé sur le chemin avec ce principe comme devise et objectif :

LA PAIX ENTRE LES HOMMES

“L’Aïkido voie de l’Unité” : Paroles O Sensei UESHIBA 1956

Le Maître UESHIBA répétait souvent cette parole qu’il convient de méditer profondément :

« Je suis UN avec l’Univers,
et je ne suis rien d’autre.
Si quelqu’un s’oppose à moi,
Il s’oppose à l’univers lui-même
»

Mais Que signifie être UN avec l’univers ?

Les physiciens disent que l’univers est composé de matière, de chaleur et d’énergie, qui se résolvent en éléments, en ondes, en forces. Mais il y a un aspect de l’univers qu’il ne faut pas négliger, sans quoi, nous n’en aurions qu’une idée imparfaite. L’univers, aussi bien l’infiniment grand que l’infiniment petit, est organisé, structuré ; il se meut selon un ordre, et c’est pour cela que les savants peuvent découvrir des « lois » physiques, des « lois » thermo-dynamiques, c’est-à-dire des constantes créatrices d’ordre et d’harmonie.

Les milliards de galaxies qui circulent dans notre univers, comme les milliards de particules qui constituent le moindre caillou se meuvent à des vitesses inimaginables et dans un désordre apparent. Mais en réalité, si elles n’étaient pas « ordonnées », de telles énergies engendreraient le chaos, alors qu’au contraire elles créent cette beauté, que nous admirons quand nous contemplons un ciel étoilé aussi bien que la moindre fleur, le regard d’un enfant comme l’immensité de l’océan.

De ce point de vue, l’homme est aussi un univers, dont les composants ne sont pas nécessairement ni toujours en ordre, mais dont l’ensemble est vie, sensibilité, intelligence, autrement dit : un chef-d’œuvre d’organisation et d’unité.

Je suis une partie de l’univers,
Minuscule, certes,
Mais univers tout de même ;
Immense comme l’autre,
Profond comme l’autre,
Insondable comme l’autre.
Immergé dans l’univers
Et pourtant capable de l’embrasser tout entier.
Je suis en lui,
Il est en moi.
Nous ne faisons qu’UN
Je suis fait de la même matière que lui.
Comme lui, et parce que je suis lui,
J’émets des ondes, des énergies.
Je puise ma vie dans l’air qu’il me donne.
Je tire ma joie de la lumière qu’il m’envoie.
Je prends force dans les énergies qu’il rayonne.
Seulement, peu d’hommes savent cela.
Peu nombreux ceux qui en prennent conscience.
Et pourtant, tous, nous sommes cela ;
Tous, nous sommes dans l’univers,
Tous et chacun, nous sommes l’univers.
Il est notre père commun.
En lui nous sommes tous frères.
Quand je monte sur le tatami,
Quand je salue mon adversaire,
C’est un frère que je salue.
Nous sommes l’un et l’autre dans le même univers.
Nous sommes l’un et l’autre le même univers.
L’énergie de l’un est l’énergie de l’autre.
Le Ki au centre de moi,
Le ki au centre de lui,
C’est la même énergie, la même vie.
Blesser l’autre serait me blesser.
Tuer l’autre serait me tuer.
S’il ne sait pas encore qu’il est mon frère,
Il m’appartient de le lui apprendre.
Si la haine, l’ambition, le désir de vaincre
L’animent encore,
Il m’appartient de lui montrer,
Calmement, mais invinciblement,
Que nos forces ne peuvent nous opposer
Puisqu’elles sont la même énergie.
Celle de l’univers, qui nous unit.

L’Aïkido est sans doute une technique, qu’on ne maîtrise vraiment que par une pratique assidue et vigilante, mais il est surtout la prise de conscience progressive de la présence en nous de cette énergie universelle qu’on appelle le Ki.

C’est lui qui me fait Un avec l’univers ;
C’est lui qui me fait Un avec chacun de mes frères ;
C’est lui qui me fait Un avec tous les hommes ;
C’est lui qui me fait Un avec moi-même.

Par lui, je me connais comme universel ;
Par lui, je me connais comme univers ;
Par lui, « je ne suis rien d’autre » qu’univers.

En lui, je franchis les limites de mon ego ;
En lui, se dissous mon moi ;
En lui, de tout homme, je peux dire :

Tu es moi.
Je suis toi.

Délivré de mon moi, je deviens invulnérable :
Le « rien » est inattaquable.

Délivré de mon moi, je deviens perméable :
A toi comme à l’univers.

Délivré de mon moi, je laisse place en moi
A l’énergie cosmique.

Elle vivifie mon corps.
Elle réchauffe mon cœur.
Elle éclaire mon esprit.
Elle me dépouille de tout l’accessoire.
Elle me donne de communier à l’essentiel.
Elle me simplifie, elle m’unifie.

La pratique fervente de l’Aïkido est le moyen le plus efficace de prendre conscience de la présence, au plus profond de moi-même, de cette énergie cosmique. Dans une telle pratique, mon corps lui-même m’enseigne et m’instruit. Avec la simplicité de son naturel, dans la spontanéité même de ses réflexes, le corps me met en contact vécu avec cette énergie, qui est la source, le sens et la fin de mon existence. Le corps me fait participer à cette dynamique prodigieuse qui fait tourbillonner les mondes et les atomes, mais dans un ballet réglé, ordonné, harmonieux.

Dans cette communion avec l’énergie universelle, je découvre la force qui est en moi en même temps que ma totale dépendance par rapport à elle. C’est ce que signifie la parole du Maître UESHIBA : « Je suis UN avec l’univers » c’est-à-dire : j’ai sa puissance, je suis cette énergie ; « et je ne suis rien d’autre », car c’est elle qui me fait, qui m’engendre, elle est ma vie, elle est mon être, sans elle je ne suis rien.

La pratique de l’Aïkido rend évidente la nécessité de consentir à notre dépendance : on ne s’oppose pas à l’énergie universelle ; une telle opposition nous serait fatale. Elle serait stupide, car c’est au contraire par l’adhésion totale et volontaire à cette énergie qu’on la fait sienne.

Dans la fréquentation quotidienne de cette énergie, j’apprends d’elle à me donner, comme elle se donne à moi, généreusement, sans réticence, sans attendre de retour, de façon désintéressée. J’apprends à me dépasser moi-même en me découvrant dans les autres.

J’apprends aussi que la loi, la règle, l’ordre, qui gouvernent l’univers, sont la loi, la règle et l’ordre de ma propre vie, que je ne peux construire ma vie qu’en me soumettant joyeusement à leur rigueur, source de beauté, condition de l’harmonie universelle.

J’apprends aussi, dans le jeu libre et plaisant de mon corps, à mieux ressentir la souffrance de ceux qui sont privés de cette liberté, frustrés de ce plaisir, de ceux qui sont privés de toute liberté, de ceux qui sont frustrés de tout plaisir.

Alors naît la compassion.

L’Aïkido, c’est aussi cela : faire mienne la souffrance des hommes, des femmes, des enfants surtout, car eux aussi font partie de l’univers, de mon univers. Ils font partie de moi. C’est dans la mesure où je suis plus intimement proche de la source de l’énergie cosmique présente en moi, que je puis rayonner cette énergie et apporter à ceux qui souffrent réconfort, courage, espérance.

La pratique sérieuse de l’Aïkido réalise ce prodige de me faire comprendre à travers les mouvements de mon corps ce que d’autres peinent à concevoir par l’esprit, à savoir que pour exister, pour vivre, pour devenir un homme, pour être un homme, il faut s’ouvrir à l’immensité d’un amour universel.

Le Ki est vie,
Le Ki est amour.
Le Ki donne la vie,
Le Ki rayonne l’amour.
Je suis le Ki,
Si j’adhère à lui,
Si j’accepte sa force,
Si je fais mienne son énergie.
Alors, de moi, comme de lui,
Emane une force,
Jaillit une énergie,
Qui diffuse à l’entour,
Calme, paix, sérénité.

AÏKIDO est amour

Oui, il faut le redire, AÏKIDO est amour. C’est une vérité qui a éclairé et embelli ma vie. J’essaye de la traduire en termes humains, pour qu’elle parle aux hommes du monde entier.

Elle est contenue dans ces trois syllabes : AÏ-KI-DO.

Pour faire comprendre cela, je fais appel A la plus haute activité de l’esprit, A l’intelligence de l’homme.

Savez-vous ce que c’est qu’aimer ?

C’est se dépasser dans le don généreux de soi, Pour le bien des autres, Pour se reconnaître soi-même dans les autres.

Savez-vous ce qu’il faut faire Pour atteindre la plénitude de la vie ?

C’est se consacrer au bonheur des autres, Nos frères, avec qui nous ne faisons qu’un. Savez-vous comment réaliser L’unité et l’harmonie entre les hommes Et donner à chacun la plénitude de sa perfection ?

C’est en pratiquant l’AÏKIDO.

L’amour humain est différent de l’amour qu’est l’AÏKIDO.

Il y a de la passion dans l’amour humain,

Un désir qui cherche à s’assouvir.

C’est un amour qui est humain et donc éphémère.

L’esprit aspire à davantage.

L’esprit cherche à se libérer des craintes, des regrets, des désirs, des rêves qui handicapent sa marche vers le haut.

L’amour humain éblouit et charme, parce qu’il a sa beauté propre, mais c’est une beauté passagère.

L’amour qu’est l’AÏKIDO est le don désintéressé de soi-même.

Pour qu’un tel amour imprègne l’esprit de l’homme,

Il faut que l’homme se dispose à le recevoir.

L’amour qu’est l’AÏKIDO est différent de l’amour simplement charnel.

Il est universel et va vers tous les hommes.

Il porte la paix dans le monde.

Il unit tous les peuples de la terre.

Il fait de tous les habitants de la terre une grande famille.

Il fait de tous les hommes des frères.

Il est sur terre le reflet de l’harmonie du ciel.

Pratiquer l’AÏKIDO,

C’est construire l’union de la famille humaine ;

C’est apprendre à vivre ensemble,

Dans la concorde et la solidarité.

Nous sommes tous frères,

De même cœur et de même sang.

Au plus intime de chacun de nous,

Jaillit la source de l’être,

Le même être pour tous.

Il crée entre nous un lien infrangible.

Dans les désaccords et les conflits,

L’AÏKIDO ne cherche pas à anéantir l’adversaire,

Mais à neutraliser son hostilité,

A l’amener, sans l’humilier, à reconnaître

L’absurdité de son agressivité,

La nécessité de la réconciliation.

Si l’esprit de l’AÏKIDO

Animait tous les hommes,

Il apaiserait les passions,

Il apporterait plus d’équilibre,

Il insufflerait plus de raison.

Les neufs principes de l’Aikido

  • N’ayez jamais un coeur pervers.
  • Entraînez-vous non par la pensée mais par la pratique.
  • Familiarisez-vous avec une grande variété d’arts et de techniques et ne vous focalisez pas sur l’un deux.
  • Apprenez à connaître non seulement vos propres techniques mais aussi celles de beaucoup d’autres.
  • Découvrez rationnellement ce qui est un avantage et ce qui peut se révéler un désavantage.
  • Développer votre intuition pour juger des choses.
  • Percevez l’essence qui ne saurait être vue en surface.
  • Prêtez attention même au plus petit des phénomènes (tout suit son propre cours et quelques fois nous obtenons des résultats inattendus.).
  • Ne faite rien en vain car l’énergie et le temps qui nous sont impartis nous sont comptés.

Les dix défauts à surmonter

  • L’insolence.
  • L’excès de confiance.
  • La rapacité.
  • La colère.
  • La peur.
  • Le doute.
  • La méfiance.
  • L’hésitation.
  • Le mépris.
  • La prétention.

Extrait “des rouleaux de l’école Kashima.”

Lexique de l’Aikido

UKE : Celui qui suit le mouvement, réagit au mouvement de l’autre. Nous sommes uke à chaque instant, même en TORI
CHUDAN TSUKI : Coup direct niveau moyen
TSUKURI : Placement
KATA DORI MEN UCHI : Saisie d’une épaule et coup à la tête (de bas en haut)
TANTO DORI : Travail avec couteau, Technique contre couteau

La notion de KI

KI est-ce ?

“Le KI appartient au domaine du sentir et non celui du savoir” Tsuada Itsuo Expert d’aikido.

Le KI est une notion fondamentale dans la pratique du Budo. Il s’agit de l’énergie vitale dont nous disposons tous pour boire, manger, respirer, marcher …

C’est une énergie que l’on dit “interne”. Chercher à étudier le budo sans étudier le fonctionnement du KI revient à se priver de l’essentiel et ne peut déboucher que sur une gestuelle de nature gymnastique.

Le KI renvoie à une notion psychique (la volonté) et à une notion physique externe (Chikara). L’association de ces deux principes permet de libérer une formidable énergie qui résulte d’une harmonisation des principes interne et externe.

Le KI se retrouve dans de nombreuses expressions et permet de définir énergétiquement un individu.

– Un KI fort se dit Tsuyok
– Un KI faible se dit Towaki
– KI-ga-chisai son KI est trop petit
– KI-ga-oki son KI est grand
– KI-ga-shinai : Je n’ai pas de KI pour…
– KI-mochi-ga-ii : l’état du KI est bon
– KI-o-komeru : concentrer son KI (notion fondamentale dans la pratique de l’Aïkido)
– KI-no-chikara : la force du KI (notion fondamentale dans la pratique de l’Aïkido)
– KI-no-nagare : le flot de KI (notion fondamentale dans la pratique de l’Aïkido)

A la recherche du KI perdu

La recherche sur le KI est au cœur du Budo à travers l’apprentissage et la transmission des techniques.

Elle consiste à :

– mobiliser et à libérer l’énergie latente par des techniques respiratoires (Aiki-Taiso). Il en découlera ainsi une efficacité physique et mentale accrue.
– mobiliser son propre KI de façon à le diriger vers l’adversaire tout en absorbant et se liant (KI-ga-au”) à son energie.
– travailler la respiration ventrale profonde (Yo-ibuKI) pour mobiliser le KI, par opposition à la respiration thoracique haute (In-ibuKI).

Le KI retrouvé

A partir du XIIème siècle, avec l’ascension de la classe guerrière des Bushi, le KI devient une notion fondamentale :

– Yu-KI : bravoure
– Shi-KI : courage
– Ji-KI : volonté
– KI-soku : maîtrise du souffle
– Gen-KI : énergie vitale ou guerrière
– Hei-KI : impassibilité

O’Sensei a été sans doute l’un des Maîtres qui a mené son expérience du KI à travers l’Aikido à un niveau rarement égalé. Il a démontré tout au long de sa vie la puissance de cette énergie, qu’il n’a cessé d’affiner et de raffiner.

AIKIDO : Union du corps et de l’esprit

En Occident, nous sommes les enfants du Cartésianisme. Nous cultivons l’intelligence, mais notre corps est malade. Il est la proie de blocages, de tensions. Ainsi, nous comprenons beaucoup de choses avec notre esprit, nous approuvons ou élaborons de très belles théories, mais lorsqu’il faut mettre en actes ces paroles, c’est moins évident… Les bibliothèques sont remplies de livres que l’on vénère et qui renferment de nobles pensées philosophiques, mais ces livres dorment. Sur le terrain, les hommes se haïssent et se tuent : il y a opposition entre le corps et l’esprit.

La pratique de l’AIKIDO permet de réconcilier le corps et l’esprit. Le débutant s’inscrit souvent dans un cours pour apprendre à se défendre. Son professeur lui dit alors que, dans un premier temps, l’ennemi à vaincre n’est pas à l’extérieur, mais en lui. La seule compétition en AIKIDO est contre soi-même.

Il faut d’abord trouver son équilibre, unir corps et esprit. Le débutant prend d’ailleurs rapidement conscience de ce dualisme : en effet, il voit les mouvements que montre son professeur, il les comprend, mais son corps est incapable de les effectuer. Il se sait inefficace et en souffre.

La première étape consiste donc à débloquer son corps, à éliminer tensions et blocages. Peu à peu le corps, soutenu par la pensée, se meut, le mouvement naît, mais l’intellect est toujours présent. Les mouvements sont encore gauches, heurtés.

La deuxième étape consiste, par la répétition inlassable des mêmes techniques, à faire en sorte que l’esprit décroche. Le mouvement devient plus pur, moins heurté. Le pratiquant a rendu son corps intelligent. Le geste est spontané. L’esprit est calme, serein, disponible. L’efficacité apparaît mais paradoxalement elle n’intéresse plus l’AIKIDOKA qui se sent plus sûr de lui et donc a moins de choses à prouver. Il est maître de sa technique. Il est passé du stade de la compréhension au stade de la sensation. Le MAITRE ne dit-il pas « Sentir est plus fort que comprendre » ?

Dans la troisième étape, le réveil du corps permet à l’esprit d’être plus libre. Le corps n’est plus une entrave, mais un tremplin pour l’esprit. Le corps et l’esprit se soutiennent mutuellement et progressent ensemble. L’AIKIDOKA ressent par son corps que ses gestes, son comportement physique ont un prolongement spirituel. La pratique de l’esquive, l’art de canaliser les énergies sans les bloquer, le fait d’être physiquement disponible, réceptif, lui font découvrir une philosophie de paix, de non-violence, d’altruisme. Les mots que le débutant entend, apprécie et comprend avec sa tête, sont ressentis au plus profond de son être. Il n’y a plus, à ce stade, décalage entre le corps et l’esprit. Ils font « UN ». L’AIKIDOKA est devenu un homme total. Du fait de la transformation qui s’est effectuée en lui, il découvre une autre manière de voir les choses, un art de vivre différent.

Mais il découvre aussi que pour lui, l’AIKIDO commence…

LE HARA ET L’AIKIDO

A partir des liens qui unissent le Moi et le Hara dans un ensemble que l’on pourrait appeler “l’être complet”, nous voyons bien à quel point l’acquisition du Hara, et donc le travail du centre, est une donnée essentielle pour notre pratique.

Le Hara nous assure un équilibre physique nécessaire. L’on parle alors de stabilité au sol, d’enracinement, ce qui constitue la partie visible de l’acquisition du Hara.

Il nous assure également une stabilité psychique. C’est la capacité que l’on a, à se maîtriser en toute circonstance, à garder le contrôle de soi quelles que soient les influences extérieures. Il nous permet d’accéder à l’énergie pure, tirée de la nature, à des forces nouvelles grâce auquelles nous pourrons atteindre un niveau plus élevé de spiritualité.

Comme un arbre dont la cime ne peut se développer sans les racines, le Moi ne peut se développer sans le Hara, ou plus exactement, un développement du Moi sans “posséder” le Hara entraîne un déséquilibre de l’être. “Posséder” le Hara signifie, en prendre conscience et le maîtriser. Or la Voie de l’homme réside précisément dans la recherche de son équilibre, “le développement de son être profond”. L’équilibre doit ici être pris dans le sens équilibre physique, psychique mais également spirituel.

Le Hara représente les racines de l’homme. Il est le rappel constant de ses origines, il rassemble toutes les énergies et tous les éléments. C’est le fond de l’être, inébranlable, indestructible, qui le lie irrémédiablement à la nature dont il est issu. C’est par lui que l’homme développe sa richesse intérieure. Il est la base de “l’attitude juste”.

INTRODUCTION

“Prend son centre !”,

“Rentre dans son centre !”,

” Avance ton centre !”…

sont des phrases que l’on a tous entendues au sein du Dojo. Dans notre pratique de l’Aïkido, les techniques que l’on nous apprend, les réflexes que l’on tente de nous faire acquérir et qui sont presque toujours conditionnés par le positionnement de ce fameux “centre”, nous amènent à le considérer comme un élément majeur.

En réalité, ce “centre”, désigné en Japonais par le Hara, ne se satisfait pas d’être un point physique d’équilibre, correspondant au centre de gravité, localisé à quelques centimètres sous le nombril. Il revêt une importance qui dépasse largement celle de la pratique puisqu’il détermine le fondement même de l’être.

Comprendre le véritable sens du Hara peut nous permettre de progresser dans notre pratique puisque grâce à lui, nous prenons conscience que l’apprentissage de l’Aïkido ne se limite pas à l’acquisition d’une somme de techniques.

POSTULAT

Pour bien comprendre la notion de Hara, il faut considérer l’homme comme un être bipolaire, dans lequel coexistent le Moi et le Hara, le ciel et la terre.

LE MOI

Dans le Moi, “symbole de notre conscience naturelle”, sont rassemblés l’entendement, la volonté et les sentiments, respectivement représentés par la tête, la poitrine et le cœur.

L’entendement, c’est la raison, le siège de notre rationalité. Les sentiments, à l’inverse, relèvent de l’impulsion, de l’instinct.

La volonté se situe entre les deux. On pourrait la considérer comme un “sentiment raisonné”.

LIEN AVEC NOTRE ENSEIGNEMENT

Cette nouvelle dimension explique l’absence de la compétition dans la philosophie de l’Aïkido. Elle nous renvoie également à la conception qui confère aux grades et au nom des techniques une importance relative. A travers la pratique de l’Aïkido, ce n’est pas le résultat visible, la réalisation d’une technique, qui est visé, mais bien le résultat intérieur, la réalisation de soi. Ce concept est d’autant plus difficile à assimiler que nous sommes habitués, dans nos cultures occidentales, à mesurer la performance et à nous “arrêter au résultat acquis”.A partir de là, la pratique de l’Aïkido n’a pas de fin, la quête de soi s’achève avec la fin de l’être.

LA PRATIQUE REGULIERE

C’est la régularité de l’exercice qui nous permet de suivre la Voie.

A ce propos, le Maître zen Okada Torajiro utilise la métaphore suivante : “Placez une carpe dans un étang, au milieu duquel il y a une pierre ; placez une autre carpe dans un second étang, dépourvu de pierre. Dans le premier étang, la carpe nagera autour de la pierre, et cela lui procurera un exercice constant, sans pour autant éprouver de la résistance. Vous verrez qu’elle grossira plus vite que la carpe de l’autre étang : cela vient de la répétition sans fin du même exercice.”

On m’a dit un jour que l’on commençait à apprendre l’Aïkido à partir de la ceinture noire. L’exercice régulier nous permet d’acquérir une somme de techniques. C’est après l’acquisition de toutes les techniques d’une discipline, c’est à dire en Aïkido au stade théorique de ceinture noire, que “l’élève pourra relâcher l’emprise de son Moi qui constitue un obstacle sur la Voie aussi bien par l’ambition et le désir de briller que par la crainte d’échouer qui le caractérise”. C’est donc après l’acquisition de toutes les techniques que le vrai travail commence, celui de la maîtrise du Hara, celui de l’enrichissement intérieur.

En conclusion :

Avancer dans la Voie, parvenir à la réalisation de soi, signifie se libérer du Moi pour prendre conscience de son Hara et parvenir à le maîtriser.

L’exercice seul permet d’avancer dans la voie. Ainsi, au Japon, la calligraphie, le théâtre, la cérémonie du thé ou les arts martiaux permettent à l’être de se réaliser par la maîtrise du Hara. Nous avons la chance, toutes les semaines de pratiquer un art martial particulièrement riche de cet enseignement. Le chemin reste néanmoins long, car s’il correspond pour chacun à ce qu’il lui reste à vivre, il a toujours le sentiment que le plus court est passé.

Note : les extraits en italique et entre guillemets sont tirés de l’ouvrage Hara de Karlfried Graf Dürckheim, Docteur en philosophie et en psychologie dont l’action et l’œuvre écrite – une vingtaine de livres – s’affirment comme un des hauts-lieux de la rencontre entre la tradition mystique chrétienne (Maître Eckhart) et la «Voie orientale» (zen).